06 juillet 2010
plein sud

Aujourd’hui il fait gris, donc un peu moins chaud, tant mieux. Nous quittons cet hôtel idiot et c’est tant mieux aussi. Nous partons au sud, à Maroua, le chef-lieu de l’extrême nord camerounais. C’est à 130 km, mais il nous faudra 4h pour s’y rendre ; Car une route bituminée pleine de trous est bien pire qu’une piste de terre. Nous longeons pendant longtemps le parc national de la Waza, repaire supposé d’éléphants, mais je ne vois que des vaches, des chèvres et des camions accidentés sur le bord des routes. A Maroua, quelques rendez-vous et puis nous trouvons un hôtel. Ce soir joue le Ghana, le dernier espoir de la coupe du monde, et il faut donc un hôtel digne de ce nom. Le soir, lorsque le match commence, en fait même juste avant, toute la ville se retrouve sans électricité. Coupure générale, et le match promet d’être plus court pour nous puisqu’il n’y a pas de générateur. L’électricité revient peu avant le premier but ghanéen – car évidemment tout le monde ici soutient le Ghana, dernier rempart de l’Afrique dans la compétition – et l’ambiance s’enflamme donc à souhait. Mais le satellite crée des problèmes et s’arrête. Consternation. On repasse sur la chaine camerounaise, ce qui permet en plus de profiter des commentateurs camerounais qui eux au moins ne cachent pas leurs préférences. Beau match, pour le peu que je m’y connaisse, et la séance de tirs aux buts vient comme une malédiction. Le café à côté est encore sur Canal+ qui a quelques secondes d’avance sur nous, donc on sait à l’avance le résultat de chaque tir, ce qui enlève finalement pas mal de stress. Déception évidemment, tout le monde va se coucher dépité.
Départ vers Mokolo, à l’ouest de Maroua en direction du Nigeria. Le paysage change assez soudainement, l’Afrique des montagnes toute verte et de plus en plus froide au fur et à mesure que l’on monte. Les villages sont faits de petites cases rondes collées les unes aux autres avec des toits pointus. Autre curiosité, je retrouve l’exact même architecture que les villages des monts Nuba, à la même latitude plus à l’est, au Kordofan du Soudan. Exactement la même façon de construire et de regrouper des petites cases rondes. Le temps est à la pluie, tout est vert, des arbres partout, le maïs est déjà bien monté dans les champs ; la région à l’air plutôt paradisiaque, mais elle ne l’est pas.



Une épidémie de choléra est venue ici, probablement depuis le Nigeria voisin, et elle monte en puissance, avec de plus en plus de cas. Nous allons donc voir ce qui se passe et comment s’en sortent les services de santé sur place et la Croix Rouge. L’hôpital de Mokolo est un grand domaine. Les services administratifs sont tous ouverts, bien que l’on soit samedi ; l’épidémie occupe tout le monde. Le choléra, pour ceux que ca intéresse, est une maladie diarrhéique assez fulgurante et très contagieuse. Le vibrion cholérique se transmet par l’eau contaminée, les matières fécales, et nécessite donc d’une part une hygiène rigoureuse à base de chlore et d’autre part un isolement strict. Après, si l’on arrive à être soigné rapidement, c’est plutôt facile à soigner. C’est à cause de la déshydratation due aux diarrhées que l’on meurt. On soigne donc en quelques jours par des sels de réhydratation, des perfusions de Ringer et un traitement antibiotique. Or ici, les données disponibles montrent que le taux de létalité est beaucoup trop fort, c'est-à-dire que le nombre de gens atteints qui meurent est trop important par rapport aux standards. Il y a un problème, qui sera vite trouvé en fait.
Dans un centre de traitement, à cause de la contagion, on se lave les mains à l’entrée et à la sortie, et un pédiluve d’eau chlorée est prévu, comme dans les piscines publiques. Ici la salle de traitement est une petite salle dégagée à la hâte. 6 lits accueillent les malades et une tripotée de visiteurs, les familles des malades, sont regroupées au fond à ne rien faire. Une infirmière, la seule portant un masque, s’affaire à régler et changer les perfusions. C’est l’auberge espagnole, tout le monde va et vient, et seule une serpillière chlorée et pleine de terre sert de barrage au vibrion. Dans un centre idéal, les lits sont judicieusement percés au niveau des fesses avec un sceau au dessous, car en général les gens n’ont pas me temps et encore moins la force de se retenir ou de se lever. Ici les lits sont normaux et les pagnes souillés sont lavés on ne sait pas trop ou. Ce n’est pas tellement étonnant que cela se propage encore, finalement.
Nous partons ensuite un village ou se trouve l’épicentre de l’épidémie en ce moment, pour voir comment ca se passe au niveau des villages. La route est très chaotique, c’est un chemin de paysan, pas prévu pour les voitures, et nous grattons donc un petit peu sur les champs. Nous arrivons à ce qui ressemble à une petite école désaffectée, en terre, sans portes ni fenêtre, et qui a été réquisitionnée pour y faire le centre un peu à l’écart du village. C’est déjà bien. Dans les deux salles, des scènes de mouroir. Des malades sur des nattes ou sur des sacs de jute, éparpillés en vrac, par terre, certains en train de guérir, d’autres en train de mourir, les perfusions accrochées aux tableaux de classe ou aux aspérités du mur. Dehors, une mère est sous perfusion, couchée et je remarque que son petit enfant est couché juste avec elle, habillé du même tissu. Lui n’est pas encore malade. Plus loin, un bébé tête le sein de sa mère malade. Les volontaires de la croix rouge se démènent comme ils peuvent. Un d’eux s’en va asperger de chlore un malade mort la nuit dernière. Après quelques minute et questions, nous repartons sur Maroua. Là aussi, il est facile de comprendre que les gens viennent déjà bien trop tard au centre, et une fois au centre…






Le soir, je marche quelques temps au hasard dans Maroua. Une petite ville très arborée, les routes bordées de Neems. Il fait bon, et j’aime retrouver tout ce qui fait une ville de province africaine. Des dizaines de kiosques de transfert d’argent – la diaspora fait vivre l’Afrique profonde, des planches de bois empilées qui dépasse largement la longueur de la charrette à bras que pousse un jeune en slaloment entre les motos qui essayent de l’éviter dans ses virages dangereux. Des vendeurs de cartes de recharges téléphoniques, des femmes qui se font faire des tresses dans la rue, des milliers de scooters chinois neufs avec trois personnes dessus côtoient des Motobécanes refaites vingt fois. Les 4x4 aux vitres teintées des officiels doublent les toujours vaillantes Peugeot et évitent de justesse les vélos trop grands des gamins qui pédalent en tong avec une caisse de bière sur le porte bagage.
Retour ce dimanche vers N’djamena, la même route plein nord cette fois-ci. Pour égayer un peu et changer
Je passe sur le voyage retour épuisant, a 23h départ jusqu'à Paris, rush pour un train pour Bruxelles et rush pour prendre l'avion de Dakar ou je retrouve mon jardin et, évidemment, la moitié de mes expérimentations horticoles sont séchées.

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05 juillet 2010
l'extrême nord

Lever tôt après une nuit fatigante et suante de chaleur. Il fait déjà chaud, je descends jauger la possibilité d’un café, sans trop d’espoir. C’est bien sur tout fermé. A 7h10, nonchalamment, arrive la responsable. Je lui commande un café. Elle me dit que ce n’est pas prêt. Bien alors qu’on le prépare, c’est du nescafé après tout. Je m’installe dehors en bouquinant. À 7h30 je commence à râler. C’est que c’est long pour faire chauffer 30 cl d’eau. La fille m’engueule, alors je la pourris en hurlant, histoire de commencer la journée en forme et finir de me réveiller. Le nescafé arrive enfin. Mes collègues arrivent, trop tard pour le café, décidé-je sinon on est encore là à 8h, et on a de la route.
Et de la mauvaise route d’ailleurs. Nous montons plein nord, vers le lac Tchad, enfin ce qu’il en reste. La piste est épouvantable, pourtant la seule qui relie le Nigéria au Cameroun ; D’énormes camions brassent de la poussière ou s’ensablent, selon le niveau de chargement. La route est défoncée, donc il faut la longer, s’écarter de plus en plus de l’axe initial pour pouvoir rouler à peu près correctement. Peu de villages, en paille avec des grands toits ronds, des Peugeot 405 comme seuls véhicules valables. Ils foncent sur ces pistes en se jouant des trous comme des bosses. Il y a à Kousseri des garages spécialisés dans la 405, ils ne font que ca ; Des pièces de rechanges bricolées sur place ou faite au Nigeria, les rois incontestés de la copie en Afrique. Peu de gens dans les villages, peu d’animaux. En fait, à cause de la sécheresse, beaucoup de gens sont partis vers la ville essayer de trouver un peu plus d’opportunités de gagner un peu d’argent. Les enfants sont par grappe à mendier cette année, les hommes sont sur les chantiers, ou achètent en gros des kleenex pour les revendre à l’unité. Les femmes parfois restent au village pour garder les 2 chèvres qui restent et les petits enfants. Pour gagner peut-être un quart d’euro par jour.
D’où cette impression de villages un peu vides. Après quelques heures, on arrive dans le premier village. Il y a parait-il pas mal de cas de choléra dans la région, donc je cherche le centre de santé. Personne dans le village ne sait ou est le centre de santé. Ca augure mal de la nature dudit centre. Finalement on tombe sur un poste militaire, c'est-à-dire une tente, un mat, un drapeau de Cameroun un chien jaune et un soldat en T-shirt. Il veille sur l’intégrité du territoire, car cette zone a été longtemps occupée par le Nigéria, jusqu’en 2004 je crois. Le pauvre gars sait ou est le centre de santé, que nous trouvons avec peine. C’est une cabane en paille entre un réparateur de pneu et un boui boui infect. L’intérieur est dégoutant, et il y a pourtant quelques femmes ; Le responsable n’est pas là, c’est un auxiliaire qui nous réponds (et qui consulte) ; Il nous explique qu’il n’y a pas eu de cas de choléra dans son aire de santé, c’est un peu plus loin. Un peu plus loin, un quart d’heure plus tard, un autre santé, en brique adobe celui-ci, mais aussi sale ; le responsable n’est pas là, l’auxiliaire non plus, mais on part le chercher. Pas de cholera non plus ici, c’est plus loin. Je me demande comment quelqu’un qui attraperais le cholera serait traité ici, vu l’ambiance de l’endroit. Je questionne l’auxiliaire qui me répond à peu près juste. Mais comme c’est très contagieux et d’évolution assez rapide, je suis circonspect. Nous montons donc un peu plus au nord. Nous roulons maintenant sur ce qui était le fond du lac Tchad il y a moins de 20 ans. Un terre plus riche, et le paysage verdit beaucoup. Les cultures dites de contre-saison, celles qui n’ont pas besoin d’arrosage à cause de l’humidité de la terre, sont en pousse. Le lac Tchad avait une superficie de 25 km2, elle est maintenant de 2 ou 3 km2 depuis les grandes sécheresses des années 70 et 80. Cela condamne la pêche mais libère d’immenses surfaces de terre très agricoles tout à fait bienvenues en plein Sahel.

Nous sommes à l’extrême nord, justement. Le centre de santé est grand mais en ruine. L’infirmière dort sur un sac de jute sous un auvent à l’ombre. Il fait très chaud. Nous parlons un moment de la situation, elle est contente de recevoir cette visite incongrue. Pas de cholera, juste un cas qui a été traité le mois dernier. Nous parlons un moment de l’état des récoltes et repartons bredouille, sans avoir vu un cas de choléra alors que les journaux en parlent tous dans cette région. Le retour vers Kousseri est monotone et poussiéreux, et ce sera un plaisir de revoir Kousseri (comme quoi on s’habitue vite…) ; Je souhaite voir le responsable de la croix rouge locale, puisqu’ils sont en général impliqués en cas d’épidémie. Mais il est tard, le bureau est vide bien sur. Le voisin nous indique un restaurant ou quelqu’un connait une fille qui travaille à la Crois rouge. Le chemin de piste commence, en rencontrant rapidement pleins de gens différents, serrant des mains à tout va. Finalement, on nous amène chez le président qui nous invite à rentrer chez lui. Il habite au fond d’une cour, une maison décrépie et fissurée. Plusieurs tapis au sol, un simple canapé défoncé en ligne sur un mur, une télé et un matelas roulé, puisque sûrement tout le monde dort dans cette pièce également. Seule décoration, une photo du président en train d’être décoré par un petit soldat très gradé que je n’ai pas réussi à reconnaitre. Nous parlons avec plaisir quelques instants.
En sortant, j’avise par terre une hache traditionnelle qui me plait bien. La propriétaire n’est pas là, mais je négocie – en fait non pas vraiment – avec la fille qui me sort un prix qui doit lui sembler exorbitant et qui me parait ridicule, donc je paye mes 4 euros pour un de ces objets parfaitement inutiles et impossible à transporter que j’aime tant.
Retour à l’hôtel de la paix avec un détour pour acheter des chips et de la bière pour égayer sans limites cette soirée de Kousseri.




20:16 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04 juillet 2010
nouveau voyage
Le survol de nuit de N’djamena ne laisse pas d’impression durable particulière. Quelques loupiotes à peine et nous voilà à terre. Il a plu hier pour la première fois cette année, et la température, en sortant de l’avion est presque agréable. Je ne ressens pas cette sensation d’ouverture de four classique de ces régions. Quelques militaires mollassons au bas de la passerelle me rappellent que nous sommes dans un pays ou la chose armée tient fermement les rennes. Comme dans tous les aéroports de la région, il faut rentrer dans un bus bondé pour parcourir les 30 mètres qui sépare l’avion du poste des arrivées.
Les files se forment en bousculades devant les 3 guérites en plastique orange, tirant sur le noir avec le temps, la crasse des millions de doigts transpirants qui s’y sont appuyé en tentant d’expliquer la durée de séjour à des douanières obtuses, et a cause de l’encre humide des longs formulaires d’information, de ceux ou il faut écrire 3 fois la même chose pour tous les services qui se sentent concernés par mon arrivée dans le territoire tchadien.
Je suis dans la file ou ca n’avance pas – comme d’habitude. Je ne sais pas pourquoi en Afrique, c’et toujours plus long quand c’est une douanière qu’un douanier. Conscience professionnelle plus approfondie ou caractère pinailleur surdéveloppé, je ne sais que choisir. Ou semi illettrisme, peut-être, puisqu’on me pose les questions du formulaire auquel j’ai répondu en caractères d’imprimerie bien clairs.
L’aéroport est tout petit, construit dans les années 50 ou 60 probablement avec l’argent de la coopération de l’époque. Les passagers du vol Air France sur Paris se pressent, arrivant au dernier moment – On sent bien qu’il n’y a rien à faire dans cet aéroport. L’espace est rempli de blancs, au départ comme à l’arrivée, il ne semble pas y avoir beaucoup de Tchadiens qui voyagent, et ceux qui le font sont tous en business ou première, grosses dames grasses en boubou à nœuds et sac Vuitton, gros monsieur en costume rayé et montre massive en or. Les apparatchiks du régime se portent plutôt bien.
Je retrouve mon sac puis mon collègue, les deux machines à rayons ne fonctionnent pas pour vérifier nos bagages et nous partons donc vers sa concession au bord du Chari, dans un jardin verdoyant ou autruches, perroquets et autres volaille se réveillent en sursaut dans la lumière de nos phares.
Vers la frontière camerounaise, le matin. Nous longeons l’aéroport ou un mirage de l’armée française décolle à quelques mètres de nous. Pendant des opérations armées dans des pays sans missiles, le survol de mirage à basse altitude au dessus des villes est un classique de l’armée pour impressionner la population et les éventuels ennemis. C’est efficace, le bruit est terrifiant. Le centre ville de N’djamena confirme cette impression de petite ville endormie de province ou les militaires sont partout. L’armée a mis dehors, à « déguerpi » comme on dit ici, toutes les administrations en face de la présidence pour y établir ses nombreux quartiers, et l’artère centrale, l’avenue Général de Gaule, ou Georges Pompidou je ne sais plus, est transformée en caserne interminable.
Car oui, au Tchad il y a encore des avenues Georges Pompidou. Je ne sais pas si cela existe encore en France. Peut-être cela changera t-il bientôt car le président Déby, dans un sursaut de modernisme urbanistique, a décidé de transformer le visage de la capitale, peut-être pour lui faire ressembler à une capitale, justement. Mais comme c’est Hausmann qui inspire ses plans, cela se fait comme à Paris à l’époque du baron, justement : Expropriation et rasage gratis de quartiers entiers. Le fameux « déguerpissage » qui rends furieux les n’djaménotes / n’djamenois ? Que tout cela se fasse à quelques mois des élections montre que le pouvoir est assez peu inquiet des résultats.
La frontière arrive. C’est un pont au dessus du Chari. Avant c’était un bac, mais cette route vers le Cameroun et donc le seul accès à la mer du Tchad, et vers le Nigeria premier partenaire économique est vitale pour le pays. Ils ont donc construit un pont. Mais un pont à une voie seulement. C'est-à-dire qu’il y a des kilomètres de queues de camions dans les deux sens, et tous les quarts d’heure, la circulation change de sens. Le chauffeur m’indique que la douane est de l’autre côté du pont. Nous attendons, traversons et slalomons entre les camions qui bloquent tous du côté camerounais. La douane est un bureau un peu miteux avec un agent ‘de deuxième grade’ qui remplis des papiers puis tamponne mon entrée au Cameroun. En voulant regarder le passeport du chauffeur, on s’aperçoit qu’il l’a oublié (d’habitude c’est moi, je suis donc content) et que évidemment avant de rentrer au Cameroun, il faut sortir du Tchad, ce que nous n’avons pas fait, donc. Il faut revenir au Tchad sans que j’en sois sorti, ni que je sois sorti du Cameroun non plus puisque je viens d’y rentrer (je ne sais pas si vous suivez) et avec un chauffeur sans passeport. C’est là que des années de passages frontaliers africains, des dizaines et des dizaines de discussions plus ou moins vaseuses avec des douaniers, policiers, gendarme, soldat, officiers, chefs de poste, chefs de bureau sert de ballast d’expérience et de maitrise, car je ne m’excite pas, je sais que ca se passera bien. En plus c’est la coupe du monde, donc le sujet de conversation digressive est tout trouvé. J’ai bien fait de regarder mon premier match hier, Espagne-Portugal, pour pouvoir commenter en détail d’un air de connaisseur enthousiaste.
Nous revenons donc au Tchad, le chauffeur se fait apporter son passeport par un copain, et j’entame la conversation sans m’arrêter, en posant plein de questions sur le foot (le faire passer pour un maitre) en faisant des commentaires supposé drôle (le faire rire), etc. Comme pour Aubade, il y des cours de séduction de douanier lorsqu’on est en situation périlleuse. Et ca marche, malgré les 4 bureaux auquel il faut montrer et faire tamponner ou viser son passeport. Nous sommes enfin sortis du Tchad, à nous le Cameroun. Nous n’allons pas loin, nous nous arrêtons à Kousseri, la ville frontière pour y rejoindre un collègue du Programme Alimentaire Mondial. Kousseri est à N’djamena ce que Vintimille est à Nice ou Menton. Un gros lieu de marché, centre vital ou tout est moins cher, lieu de tous les trafics entre le Nigeria, le Tchad et le Cameroun.



Rendez-vous était pris à l’hôtel de la Paix, un bâtiment neuf et moche, mal construit, mal fini. La réception est vitrée et grillagée, on se sent tout de suite accueilli. Des formulaires à remplir, avec encore plus d’informations demandées qu’à la douane, et je peux rentrer enfin poser ma valise dans la chambre « confort » à 22 000 Francs CFA, soit 33 Euros, bien raisonnable après tout. J’apprécie tout particulièrement les hôtels ou la savonnette est un gros savon rose cassé en deux. Moi qui me demande depuis toujours sans avoir jamais osé demander à qui que ce soit ce que deviennent les milliers de tonnes de savon utilisés une seule fois dans tous les hôtels du monde, j’apprécie l’effort, bien que ce soit plus de nature économique qu’écologique. Cela reste un demi-pavé de savon.
Mais je n’ai pas fait 4000 km de vol pour parler savon, mais bien pour évaluer la situation nutritionnelle dans l’extrême nord Cameroun. Au vu de la grosse crise alimentaire au Niger, au Tchad, au Nigeria cette année à cause de mauvaises récoltes, il n’y a pas de raison que ce soit mieux au nord du Cameroun qui, l’ai-je appris à cette occasion, remonte au nord jusqu’en plein Sahel.
Visite de l’hôpital central de la zone. Seuls quatre enfants malnutris sont dans des petits lits de bébé métallique blancs. Image classique de petits squelettes, tête paradoxalement bien plus grosse que le corps, des enfants de 6 ou 9 mois qui en paraissent 1 ou 2. Les yeux noirs et peureux d’incompréhension qui ont du mal à se concentrer sur ce qui se passe, les mains comme des pattes d’oiseaux qui n’ont pas la force de s’agripper à mes doigts. La mère, à côté, explique qu’elle habite en ville, pas loin de l’hôpital que c’est le premier qui est comme ca car il refuse de téter. L’hôpital donne un autre lait, et cela semble aller mieux, il commence à reprendre du poids. A côté, un vraiment tout petit, la peau décolorée, semble vraiment mal. Sa fiche indique qu’il à 22 mois, ce qui est manifestement faux, il parait un nouveau né. Il est si fragile, celui-là, que je n’ose pas le toucher. La mère explique que son mari travaille, il est boucher en ville. C’est incompréhensible alors. La malnutrition vient de la maladie (les aliments ne sont pas digérés), de pratiques alimentaires incorrectes (un sevrage trop précoce, lorsqu’on commence à donner des plats d’adulte à 10 ou 11 mois, parce qu’un autre vient de naitre) ; cela vient paradoxalement plus rarement du manque de quantité nourriture, sauf en cas de disette. Or il ne s’agit pas de faire la même chose si tout cela est du à de mauvaises pratiques ou à de la pauvreté structurelles – il faut alors éduquer et développer à long terme – ou si cela est dû au fait que les gens n’ont pas récolté assez cette année à cause de la sécheresse, sont endettés et n’ont tout simplement pas à manger ou plus souvent pas assez d’argent pour acheter à manger jusqu’à la prochaine récolte; il faut alors soit apporter de la nourriture directement ou générer des revenus pour les familles les plus pauvres pour qu’il puisse acheter eux même leur nourriture. C’est ca que je viens voir.
Suit la visite de plusieurs centre de santé pour comprendre comment le système de santé fonctionne, puis comprendre comment les gens qui n’ont plus de stocks de nourriture ni d’argent se débrouillent, concrètement. Vente des objets, endettement, petits boulots en ville, coupe illégale du bois pour faire du charbon de bois et le vendre, car le charbon de bois est la principale source d’énergie de cuisson partout en Afrique. Cueillette des fruits sauvages, Il n’y a pas beaucoup d’alternatives, et elles sont toutes très fragiles.
Le soir arrive. Je profite du réseau wifi de l’hôtel, qui marche beaucoup mieux qu’au Tchad et puis c’est tout. C’est peu dire qu’il n’y a rien à faire à Kousseri dans cet hôtel, le soir. C’est un hôtel tenu par des musulmans, ce qui à l’avantage d’être un peu plus sobre que les hôtels près du marché, sans la fréquentation interlope de tchadiens ou nigérians venus s’encanailler et picoler à moindre coût. Mais impossible de boire une bière, justement et il est désormais un peu tard pour aller à pied au marché, seul blanc assez repérable et situation potentiellement générateur d’embrouilles, surtout que les rues ne brillent pas de mille feux, et je me vois mal perdu comme un idiot de nuit à Kousseri… ce doit être à cela que je remarque que je vieillis. C’est donc à l’eau et sans pain que j’écris ces lignes en écoutant d’une oreille distraite la télé camerounaise, du foot apparemment au son de vuvuzelas endiablées qui égayent soudainement ma chambre.
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27 février 2010
Un âge au rabais
39 ans, voila bien un âge qui ne ressemble à rien. 39, cela sent l’arnaque, la fausse bonne affaire, une étiquette dans les 30 pour un prix de 40. La trentaine flamboyante est déjà bien derrière, la quarantaine n’a pas encore lesté la vie de l’ assurance mâle de ceux qui ont encore dix ans pour acheter une Rolex; Bref un âge incertain, entre deux, de transition peut-être. J’essaye la numérologie, 3+9,12, 1+2, 3, encore quelque chose de pas équilibré, ca ne va pas non plus. J’essaye de sonder l’histoire, j’apprends que Claude François est mort à 39 ans. Blaise pascal aussi. J'en suis encore loin au niveau postérité, et l’année va être sinistre à ce train là, il va falloir se donner du mal.
21:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04 février 2010
Niamey
C’est à des petits signes parfois imperceptibles que l’on reconnait dans quel type de pays l’on vient d’aterrir. Parfois c’est au nombre de militaires qui entoure n’importe quel avion qui vient d’atterir. Ou alors c’est au temps passé sur chaque passeport à la douane. Un autre indicateur que je rencontre à Niamey est le nombre de cartes de renseignement à remplir dans les hôtels. Cela fait une demi-heure que je suis au Niger et j’ai déjà écris quatre fois mon numéro de passeport et ma date de naissance sur des fiches de renseignements.
La première impression de Niamey est celle d’un pays qui n’a pas évolué depuis les années 70. L’aéroport déjà, grosse structure de béton jaune, guérites en bois sale et douanier fatigué en uniforme élimé. De larges publicités pour des bulldozers Caterpillar ou des vannes géantes d’usines. Cela aussi c’est un signe. La nature des publicités à l’aéroport ou dans les magazines de la compagnie aérienne nationale en disent long sur l’état du pays. Moins le pays est développé, plus il y a de publicités pour des engins de chantiers ou vannes de barrage hydroélectrique, d’engins agricoles ou de pneux de camions. Des pleines pages de tuyaux, de postes de soudures, de grues de port, des panneaux de chaines de montages, de batteries de poulet mécanisées. L’étape d’après dans le développement, c’est le réseau de téléphonie mobile. La guerre est sans merci entre les réseaux sur le marché géant de l’Afrique, qui a sauté l’étape du téléphone filaire pour passer directement du courrier postal au wifi dernier cri. Orange, Zaïn, Celtel défilent selon les pays sur les panneaux en ville comme sur l’écran de mon téléphone en roaming.
Il est tard déjà et la circulation est fluide jusqu’au “Grand Hôtel” de Niamey. La nuit, Niamey ne ressemble à rien et ne laisse aucune impression. Le grand hôtel est exactement comme l’aéroport, stoppé dans les glorieuses années 70. Grand hall bétonneux et éclairé de néons froid, comptoir immense et vide derrière lequel trône un préposé fatigué qui nous donne deux fiches à remplir.
C’est le matin que tout change. Car l’hôtel surplombe le fleuve Niger et propose une vue fascinante. Le Niger n’est pas aménagé, et les berges sont encombrée de végétation au milieu de laquelle quelques pirogue dérivent lentement. Le niveau du fleuve est bas et une longue ile se dégage au milieu du fleuve. Des arbres y poussent, repaire d’oiseaux blancs qui s’y ébattent. Prendre un café devant ce spectacle est éblouissant. On y passerai volontier la journée.
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